Concours d’écriture de contes

Excès de vitesse

par Thomas BORLEE

Comme chacun le sait, il y a longtemps, les nains vivaient partout dans le monde. Or, pour des raisons inconnues, ils ont tous disparus. Un tremblement de terre ? Non. Une nainphocyte aiguë générale ? Non. L’explication est beaucoup plus simple que cela..., et plus ridicule. Ecoutez plutôt.

Actuellement, l’homme moderne ne peut se passer de son moyen de locomotion favori : la voiture. C’était également le cas chez les nains : leurs brouettes à moteur étaient indispensables pour tous leurs déplacements. Ces dernières leur permettaient d’atteindre des vitesses vertigineuses quand ils appuyaient sur le champignon (au sens propre) : jusqu’à 70 km/h !

Chaque année, au milieu de l’automne, une grande course était organisée à travers la forêt pour fêter les récoltes abondantes de l’été... Ce qui ne plaisait pas aux habitants de ce lieu, la plupart étant des animaux. En effet, le bruit engendré et les déchets laissés par des nains peu scrupuleux le long du parcours croissaient à chaque nouvelle édition de la course. La tension montait chaque année. Et puis arriva l’incident qui mit le feu aux poudres.

Lors d’une de ces courses, un nain dérapa sur des feuilles mortes et fit une sortie de route, fauchant cinq personnes (des sangliers heureusement robustes) au passage. Les victimes n’eurent heureusement rien de grave mais ce fut la goutte qui fit déborder le vase. C’est pourquoi les animaux demandèrent à leur sorcier, un loup d’un certain âge, de punir les nains et leurs bolides diaboliques. Ce dernier, après avoir été généreusement payé, lança un sort sur tous les nains qui se transformèrent en pierre pour l’éternité.

Pour se souvenir de ces petites personnes disparues, les humains récupérèrent les statues de pierre et les mirent dans leurs jardins pour décorer ces derniers, même si cette histoire a maintenant été oubliée. Voilà d’où viennent les nains de jardin !

De si jolis osselets

par Camille BRISSOT

Une forêt. C’est le plus bel endroit de la terre : calme, paisible mais fourmillant de vie. Assise sur un épais tapis de feuilles mortes, Enora reprenait son souffle. Elle venait d’échapper à ses horribles frères, aussi grands et bêtes l’un que l’autre. Cette fois-ci, ils avaient tenté de la semer dans les bois, sans se douter que la fillette connaissait ces lieux mieux que personne.
Et pour cause ! C’était ici qu’elle se réfugiait lorsque ses parents se disputaient. Alors, Enora se précipitait dehors, les mains bouchant ses oreilles, les yeux embués de larmes. Elle se blottissait entre les racines d’un vieux chêne, et celui-ci se mettait à lui souffler des choses qu’elle seule comprenait.
Ses imbéciles de frères ricaneraient s’ils la voyaient, eux ne percevaient jamais que le vent dans les feuillages.
Il fallait savoir écouter.
En repensant à ses parents, une larme jaillit du coin de son oeil.
– Pourquoi étaient-ils donc si méchants l’un envers l’autre ? Pourquoi avaient-ils tant changé ? hurla silencieusement la fillette.
– Ils sont aussi malheureux que toi !
Un minuscule bonhomme était debout devant elle, la contemplant avec attristement. Sans mot dire, le gnome tendit son poing devant le visage de l’enfant. Enora comprit, et il lâcha quelque chose dans sa paume. C’étaient de ravissants osselets argentés. Mais avant qu’elle puisse lui poser une question, le gnome avait disparu.
– Enora !
Ses doigts se refermèrent brusquement sur son trésor.
– Je ne veux pas qu’ils me trouvent ! s’affola Enora.
C’est alors qu’elle sentit un frisson la parcourir. Un des osselets avait disparu. Cette fois, Enora s’arrêta et le chercha par terre.
Soudain, un buisson frémit, laissant apparaître un garçon. Il jeta un coup d’il autour de lui, mais ses yeux se posèrent sur sa sur sans la voir ! C’est alors qu’Enora comprit. Elle écarta ses doigts, son regard allant des osselets à son frère. Il ne la vit pas plus lorsqu’elle passa devant lui et s’élança vers sa maison.
– Je veux que tout redevienne comme avant ! souffla-t-elle.
Un deuxième osselet disparut. Enora s’arrêta devant la porte-fenêtre entrouverte. Ordinairement, elle y était toujours accueillie par des cris. Mais pas cette fois-ci. Sa mère cuisinait en chantonnant joyeusement, son père lisait le journal en souriant. Tous deux avaient l’air parfaitement heureux. Enora sourit à son tour. Dans sa main, quatre osselets d’argent brillaient encore.

Quand les feuilles ne tombaient pas en automne

par Laura MESPOUILLE

Bonjour, je m’appelle Lili et je suis la fée de l’automne. Vous croyez me connaître car, chaque année, je peinds les feuilles de toutes les couleurs. Vous pensez sans doute qu’il en a toujours été ainsi, mais vous vous trompez. Ecoutez mon histoire...

Il y a bien longtemps, en automne, ce n’étaient pas les feuilles qui tombaient des branches mais les branchages qui chutaient, laissant leurs feuilles accrochées au ciel (c’était avant que les astronomes ne nous apprennent que le ciel est si loin qu’on ne peut le toucher). Les feuilles, privées de leurs branches nourricières, attendaient patiemment le printemps, en prenant mille et une couleurs pour attirer les futurs rameaux. Dès les premiers beaux jours, de nouvelles branches sortaient des troncs et se rattachaient aux feuilles. De plaisir, elles reprenaient leur beau teint vert.
Mais, me direz-vous, pourquoi cela n’est-il plus ? Eh bien, un jour d’automne, le Prince Hiver se promenait dans la forêt et, distrait, reçut sur la tête la grosse branche d’un chêne qui tombait. Furieux, il jura que, dorénavant, il gèlerait tellement fort que jamais plus un tronc ne réussirait à faire pousser une branche. Les arbres eurent beau le supplier, les feuilles pleurer de toute leur sève, le Prince Hiver fut impitoyable et son manteau de neige s’étendit pendant plusieurs années sur la forêt.
A la longue, les feuilles, privées de toute ressource, se détachèrent misérablement de la voûte céleste, provoquant la colère du soleil. Celui-ci devint tout rouge et fit fondre la neige accumulée. Mais le mal était fait. Seuls, les troncs dépourvus de toute ramure s’élançaient, inutiles, vers le ciel.
J’intervins alors auprès du Prince Hiver. Nous finîmes par trouver un compromis : il renonçait à toute neige, sauf trois mois par an. De leur côté, les arbres acceptaient que, dorénavant, ce soient leurs feuilles qui tombent et que les branches restent fermement accrochées au tronc. Comme les feuilles étaient frileuses, il fut décidé qu’elles pourraient s’absenter pendant les mois d’hiver mais qu’au printemps, elles se lanceraient par milliers à l’assaut des branches. A l’automne, avant de disparaître, je leur permettais d’éclater de mille couleurs, ce qui satisfaisait leur coquetterie.

Voilà pourquoi ce sont les feuilles qui tombent en automne, ce qui vous permet de vous promener sans risque dans les forêts en cette saison. Sauf bien sûr quand une branche oublie les nouvelles règles...

Le petit champignon et le loup à la jupe

par Charlotte VAN DOREN

Il était une fois un petit champignon qui se réveilla un beau matin d’automne.
Il découvrit avec horreur que son petit morceau d’épice n’était plus là.
Inquiet et très triste, le petit champignon partit à sa recherche.

En chemin, il rencontra un petit escargot tout rose.
Le petit escargot rose demanda au petit champignon pourquoi il était si triste.
Alors le petit champignon lui dit : "J’ai perdu mon petit morceau d’épice et je le cherche depuis une heure... ".
L’escargot rose lui dit alors : - " Je l’ai vu tôt ce matin, c’est le loup à la jupe qui l’a ! ! ! "
– " Et où habite-t-il ? " demanda le petit champignon.
– " Loin loin loin loin loin dans le fond de la forêt mais c’est dangereux ! " répondit l’escargot rose.
Mais, déterminé et plein d’espérance, le petit champignon partit quand même malgré le danger.
Après deux heures de route fatigante, le petit champignon tomba nez à nez avec le loup à la jupe.

– " Que cherches-tu, petit champignon ? " demanda le loup à la jupe.
Le petit champignon le regarda un peu apeuré et lui dit : " Excuse-moi de te déranger mais je cherche mon petit morceau d’épice... "
Le loup lui répondit qu’il se trouvait chez lui et que si le petit champignon le voulait, il devait le suivre...
Et c’est ce que fit le petit champignon.
Il ignorait totalement qu’un danger le guettait.
Arrivé là-bas, le loup se jeta sur le pauvre petit champignon et le dévora tout cru...

Moralité : ne jamais suivre un loup avec une jupe.


Theâtre du Tilleul / 

108 rue de la Brasserie / 1630 Linkebeek- Belgique / +32 (0)2 380 35 37 / contact theatredutilleul.be