Le Bureau des Histoires... est peut-être avant tout un hommage au livre pour enfants : celui qu’on lit le soir avant de s’endormir, celui qu’on réclame dix fois, cent fois, tant de fois qu’on finit par en connaître par cœur chaque image et chaque mot, celui qui est tout usé tant on l’a traîné avec soi tel un vieux doudou, celui qui nous faisait un peu peur mais qu’on aimait bien quand même... celui dont on se souvient avec tendresse, une fois devenu adulte.
Ce sont les albums d’auteurs américains et leurs merveilleux « Bedtime Stories » qui forment le répertoire du Bureau étrange mis en scène par le Théâtre du Tilleul.
“Ces albums - raconte Carine - figurent parmi ceux que j’ai eu le plus de plaisir à lire à mon fils Simon, lorsqu’il était petit, le soir, au moment du coucher. Ou peut-être étaient-ce ceux que lui avait le plus de plaisir à écouter. Nos “best-sellers”en quelque sorte. Des livres que nous avons lus, relus et re-relus des centaines de fois, si pas... Nous en connaissions chaque détail, chaque mot par coeur. Et pas question de changer d’une virgule à la lecture ! Ces livres aujourd’hui sont usés, chiffonnés, déchirés et recollés, à force d’avoir été manipulés, tant nous les avons lus, tant nous les avons aimés...
C’est le cas de Bonsoir Lune de Margaret Wise Brown et Clement Hurd, quintessence du livre “du soir” pour les jeunes enfants. La poésie envoûtante du texte comme une litanie, la force de l’image qui se répète avec juste de tout petits détails qui changent dans la chambre qui s’assombrit, en font un livre essentiel au pouvoir quasi “magique”. Aux Etats-Unis, Bonsoir lune est devenu un cadeau de naissance rituel et beaucoup le considèrent comme le premier livre que tous les enfants devraient connaître.
C’est aussi le cas d’Un train passe de Donald Crews, un “grand classique américain” au graphisme épuré et au texte réduit... à l’essentiel ! L’enfant, et l’adulte qui lit, prennent un plaisir extrême, page après page, à l’énumération savante des wagons et des couleurs, à l’imitation du bruit du train, à son accélération, sa traversée des tunnels...
Avec Dans la forêt de Mary Hall Ets, on retrouve le thème de l’enfant et ses “amis animaux” (si joliment traité dans Moi Fifi de Grégoire Solotareff). Les splendides illustrations en noir et blanc, la poésie de la petite ritournelle qui ponctue le récit comme un ancien refrain, témoignent d’une rare sensibilité et d’un véritable”esprit d’enfance”. Le livre est malheureusement épuisé et non réédité à ce jour.
J’ai découvert Il neige, de Uri Shulevitz bien plus tard. Livre-poème fascinant où la référence à Mother Goose, Humpty Dumpty et autres nursery rhymes est explicite ; les personnages de ces comptines, présents sur l’enseigne d’une librairie pour enfants, s’en détachent pour aller danser avec un petit garçon et son chien, dans la ville ensevelie sous la neige.
Même chose pour le merveilleux Donald has a difficulty dont je suis tombée immédiatement amoureuse. Donald has a difficulty devait être le deuxième épisode d’une série, la saga des Donald : une collaboration entre l’auteur Peter Neumeyer et le célèbre et énigmatique illustrateur Edward Gorey. Petit livre attachant et mystérieux où l’enfant se reconnaît immédiatement : un incident banal raconté sur le ton épique dans un décor étrange et raffiné.”
Plus d’infos et références des livres dans Les livres de nos spectacles. Voir aussi l’article Michel DEFOURNY, "Bedtime Stories" in Lectures, n°168, Nov-Decembre 2010.